Bruno Moretti
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  • LILLE 2004 E.B.O.L.... 2004
  • LE PLASTIQUE EMBALLANT DE RICORDEAU

    Par Henri-François Debailleux
    — 28 septembre 2004 à 02:19
    Envoyé spécial à Lille,

    Georges-Pascal Ricordeau n’aime guère s’appesantir sur son passé. Il faut dire que son parcours, qu’on pourrait résumer par artiste-SDF-artiste à nouveau, est pour le moins singulier et cahoteux. Tout commence au début des années 80, lorsque après un rapide passage par les beaux-arts de Dijon, Ricordeau entame sa carrière d’artiste. Il réalise des tableaux, sur le thème de la dislocation de la peinture, expose à droite à gauche, et vit de petits boulots : facteur, coursier, gardien au musée d’Orsay.
    Dès 1985, il commence à vendre des oeuvres, s’installe dans un atelier et fait sa première exposition, en 1989 à la galerie Patricia Dorfmann, avec laquelle il va travailler jusqu’en 1996 ­ et qui le présente cette année-là à la Fiac ­, en menant une réflexion sur les notions de jeu, de lien, de réseau. Ricordeau part alors à Marseille et patatras : pour diverses raisons personnelles, il se retrouve sans domicile fixe et alterne la rue, l’hôpital, l’asile, la rue.
    «Matériau du nomadisme.» En 1998, retour à Paris, à la rue encore, mais selon ses propres termes «en forme». Le seul matériau dont il dispose est le sac en plastique, qu’il trouve chez les commerçants et qu’il se met à tresser. Toujours le thème du lien, social (pour les trouver), symbolique (le recyclage), pratique («Le matériau même de la précarité et du nomadisme», souligne-t-il) et plastique puisqu’il se remet à l’oeuvre.
    Pendant des mois, Georges-Pascal Ricordeau va ainsi tresser des kilomètres de fils blancs. Après plus de deux ans de galère, diverses rencontres lui permettent de retrouver un logement. Il touche le RMI, travaille ses sacs jusqu’à quinze heures par jour et découvre qu’avec ce matériau, il peut sculpter n’importe quelle forme.
    Robe de mariée. En clin d’oeil à Marcel Duchamp, il réalise ainsi une robe de mariée, la montre à des amis, rencontre Christian Lacroix. En janvier 2000, le créateur fera de la tresse le fil conducteur de son défilé et le clôt avec la robe de mariée. Sollicité ensuite par Tati, l’artiste réalisera, sur le modèle du sac Kelly d’Hermès, un sac à main avec ceux, jetables, de la marque au style Vichy.

    Depuis Georges-Pascal Ricordeau n’a pas cessé, réalisant de nombreuses sculptures, tant monochromes (blanches, vertes, rouges… selon la provenance des sacs) que polychromes, lorsqu’il mêle les couleurs : aussi bien des crânes, sur le thème de la vanité, qu’un masque à gaz, une cage thoracique, un sac de survie…
    Bon nombre de ces oeuvres ­ une quarantaine au total, de 1998 à aujourd’hui ­ sont rassemblées dans l’exposition mise en scène par les designers Bruno Moretti et Pascal Oriol (B.M.P.O.) avec lesquels Ricordeau travaille depuis longtemps. Titrée «E.B.O.L.A.» (Expérience de Bombardisation Onirique sur Lille et son Agglomération), elle s’inscrit dans le cadre de la manifestation Lille 2004.
    Tapis-matrice. Dans la première salle, sur une longue estrade lumineuse (comme celle d’un défilé), sont disposées de manière informelle des lianes de tresses. Juste au-dessus, accrochées au plafond, pendent les sculptures comme si elles émergeaient de ce tapis-matrice. On tombe aussi sur une queue de sirène, un hamac, un casque (bleu)… Autant de pièces qui ont chacune leur histoire.
    Au premier étage, sont accrochées des oeuvres murales ­ puisque la tresse permet aussi de réaliser des tableaux ­ qui se différencient les unes des autres par leurs couleurs et la densité de leur maillage. Elles voisinent avec des pièces plus petites, aux allures de bestioles, que Georges-Pascal Ricordeau regroupe sous le terme de «virus». Pensé sur des rapports de contamination, d’échange, de dialogue, l’ensemble, d’une grande cohérence, emballe parfaitement l’univers de l’artiste.
    Henri-François Debailleux
    Culture/Next-Libération

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2004

LILLE 2004

E.B.O.L.A

Expérience de Bombardage Onirique sur Lille et son Agglomération
Artiste : Georges-Pascal Ricordeau
Concept / Direction artistique : Bruno Moretti, Pascal Oriol
Vidéo GoLogoLo Runing : Bruno Moretti, Pascal Oriol
Contenu Culturel : Roselyne Marsaud Perrodin
Captations Vidéos, Photos : Ludovic Le Guyader